Les albums d’Astrapi testés sur mes deux enfants d’âges différents

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Les albums d'Astrapi testés sur mes deux enfants d'âges différents

L’album Astrapi a claqué contre l’accoudoir du canapé quand j’ai lancé la lecture à voix haute, un mardi soir, dans notre salon, dans la région de Saint-Omer (Pas-de-Calais). J’avais choisi un format court pour tenir le coucher, et je suis partie avec cette idée simple. Au bout de la quatrième lecture, mon aîné de 11 ans a commenté un détail en arrière-plan pendant que mon plus jeune de 8 ans suivait surtout le héros avec les images. J’ai noté ça tout de suite, parce que la bascule m’a frappée plus que le texte de Bayard Jeunesse.

Comment j’ai organisé les lectures avec mon aîné de 11 ans et mon plus jeune de 8 ans

J’ai répété la lecture 3 fois par semaine pendant 3 semaines, dans la plupart des cas le soir, dans notre salon, assise sur le canapé avec mes deux enfants côte à côte. J’ai gardé le même cadre, lumière basse, télé éteinte, téléphone posé loin du coussin, parce que je voulais voir ce qui tenait sans bruit autour. Les horaires bougeaient avec les bains, les devoirs et la fatigue, et j’ai vite vu si l’album gardait son rythme ou non. Quand je suis rentrée d’une fin de journée plus chargée, j’ai vu tout de suite que le moment comptait autant que le livre.

Les albums que j’ai testés tenaient sur 24 pages, avec de grandes images et un texte court par page. J’y ai trouvé des blocs de 3 phrases, puis des refrains qui reviennent et que l’on retient vite à voix haute. Mon aîné lisait sans buter sur le vocabulaire, mais il accrochait surtout aux petites blagues de décor, aux panneaux au fond et aux détails de bord de case. Mon plus jeune suivait d’abord le personnage central, parce que les images lui donnaient la route avant les mots.

Depuis 10 ans à faire tourner mon activité d’indépendante, je prends des notes très simples quand je teste quelque chose, et ce livre n’a pas échappé à la règle. Aucun diplôme d’école de commerce ni certification en conseil : la légitimité vient de la pratique, pas d’un titre. J’ai gardé cette phrase en tête, puis j’ai regardé ce qui revenait page après page. Je me suis appuyée sur ma propre expérience d’indépendante et sur les méthodes que je teste vraiment dans mon activité, parce que je voulais mesurer l’attention, le passage du texte aux images, l’évolution au fil des relectures et l’effet des détails cachés. J’ai appris à découper un usage en plusieurs temps, et j’ai été frappée par la rapidité avec laquelle mes deux enfants ne lisaient plus le même album de la même façon.

Ce que j’ai constaté au fil des lectures, entre surprises et moments de friction

Mon plus jeune de 8 ans a d’abord suivi la silhouette principale et il a pointé les couleurs, les yeux, les objets posés à côté du héros. Il a tourné les pages avec curiosité, par moments avant la fin de la phrase, et j’ai vu son attention glisser dès qu’un passage devenait trop bavard. Quand le texte s’est allongé sur la page, il a commencé à chercher autre chose avec ses doigts, puis à remonter vers l’image suivante. À ce moment-là, j’ai compris qu’il lisait le livre par l’image avant tout, et que le texte passait après.

J’ai vu mon aîné s’accrocher à une petite grenouille cachée dans un coin de l’illustration alors que son petit frère ne regardait que le héros principal. Mon aîné de 11 ans a commencé dès la troisième lecture à annoncer la chute avant moi, et je l’ai laissé faire pour voir jusqu’où il irait. Il repérait une plaque minuscule au fond, une grimace dans un coin, une bulle oubliée, puis il me redemandait la page juste pour retrouver ce détail. Le soir où j’ai relu la même double page, il a fini par me couper la parole pour montrer une blague visuelle que je n’avais pas vue. Là, j’ai compris que le livre lui tenait par ses marges autant que par son histoire.

Un soir, je me suis retrouvée avec un plus jeune déjà fatigué. Il a touché les pages, puis il s’est levé pour réclamer son eau avant même la chute. L’aîné a commencé à commenter tout haut, et la séance a tourné à la cacophonie en moins de deux minutes. Pas terrible. Vraiment pas terrible. J’ai dû relire la même page trois fois, et j’ai senti le rythme se casser net. À ce moment-là, j’ai compris que je n’avais pas un problème de livre, mais un problème de timing.

J’ai été frappée par un autre décalage. Mon aîné, persuadé au départ que c’était un livre pour petits, a fini par me demander une relecture juste pour une blague au fond de l’image. Mon plus jeune, lui, s’est agacé dès qu’une page alignait trop de texte, et il a commencé à feuilleter en avance avant même que je termine la phrase. J’ai aussi vu les coins prendre un coup quand j’ai laissé l’album en libre service après une première lecture très aimée. Au bout de deux manipulations, je l’ai rangé en hauteur, sinon il serait devenu un livre réservé à mes lectures avec eux.

Ce que j’ai dû ajuster en cours de route pour que ça fonctionne mieux pour les deux

J’ai arrêté de lancer Astrapi quand mon plus jeune était déjà à bout de souffle. Un soir où je suis rentrée tard, j’ai tenté quand même, et la séance a tourné court au bout de deux pages. Depuis, je garde ce type d’album pour un moment où personne n’est déjà collé au canapé, parce que l’attention se voit tout de suite dans les mains. Quand mes enfants ont encore un peu d’énergie, je gagne une lecture plus calme et moins hachée. Sinon, je perds la moitié du plaisir en micro-coupures.

Quand je lis d’abord à voix haute pour mon plus jeune, puis que je laisse mon aîné feuilleter seul ensuite, j’ai nettement moins de coupures. Je peux finir la lecture sans être interrompue par une remarque au milieu d’une phrase, et mon aîné revient ensuite sur les pages qu’il veut revoir. Ce petit détour lui laisse le temps de repérer un fond, une attitude ou un clin d’œil visuel sans presser mon plus jeune. J’ai appris à découper un usage en plusieurs temps, et là j’ai retrouvé le même réflexe.

Le décalage d’âge reste pourtant réel. Mon aîné veut aller vite pour connaître la fin, et mon plus jeune veut s’attarder sur chaque image, par moments jusqu’à me faire revenir deux fois sur la même double page. J’ai fini par lâcher l’affaire sur l’idée d’une lecture identique pour les deux, parce que je perdais plus de temps à courir après leur tempo qu’à lire. Si un enfant bloque durablement sur l’écoute ou si la lecture devient un conflit, je préfère en parler à un pédiatre ou à un orthophoniste, et je m’arrête là pour ma part. Je ne sais pas si ça marcherait pareil chez tout le monde, mais chez nous le format garde sa place seulement quand je respecte ce décalage.

J’ai aussi testé d’autres pistes, plus simples pour mon quotidien. Je garde maintenant ces albums pour des soirs où nous avons un peu de marge, et je laisse à part les lectures plus bavardes. J’envisage aussi un album avec moins de texte pour mon plus jeune, puis un autre plus dense pour mon aîné, parce que je ne cherche pas un livre miracle. Je cherche un format qui tienne dans ma soirée, sans me donner l’impression de forcer deux enfants à lire au même rythme. On de projets en freelance) et chroniqueuse business, je sais que les meilleures méthodes sont celles que l’on adapte sans s’acharner.

Ce que j’en retiens après trois semaines de lectures partagées

Sur 3 semaines, j’ai compté 10 lectures, avec un temps moyen de 8 minutes par album, et j’en ai payé 6 euros l’unité sur l’exemplaire que j’ai gardé. La courbe a changé au fil des relectures, et j’ai vu mes deux enfants s’approprier le même album sans le lire pareil. Mon plus jeune attendait le personnage principal et les images fortes, alors que mon aîné cherchait déjà le détail planqué ou la phrase qui revient. Le passage qui m’a le plus parlé, c’est la dernière double page, parce qu’elle figeait mon plus jeune sur l’image pendant que mon aîné voyait venir la chute.

Au fil des lectures, j’ai mesuré que l’attention de mon aîné se concentrait autant sur les détails du décor que sur la trame principale, alors que mon plus jeune ne retenait que les personnages clés. Je l’ai vu chez nous, pas dans une théorie, et la différence était nette dès que le texte se densifiait. Les refrains ont aidé, parce que mes deux enfants ont commencé à les attendre et à les dire avant moi au bout de la troisième ou de la quatrième fois. Là, j’ai vu que la lecture à deux niveaux n’était pas un slogan, mais quelque chose qui se passait vraiment dans le canapé.

J’ai été convaincue, chez nous, par Astrapi de Bayard Jeunesse, parce que le même album a nourri deux lectures différentes sans se vider trop vite. Pour quelqu’un qui accepte de lire au bon moment, de laisser l’aîné aller chercher les détails et de ne pas forcer une séance quand la fatigue monte, le format tient très bien. Je ne le prends pas comme un album unique pour tous les soirs, et je ne le mets pas au même niveau qu’un livre dédié à chaque âge. J’ai gardé celui-ci pour ce qu’il sait faire, une lecture partagée à deux vitesses, et c’est là qu’il m’a paru le plus juste.

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